Étiquette : héritage

Don d’une parure en bijoux de faible valeur (tout est relatif) : ce n’est pas rapportable à la succession

L’article 843 du Code civil prévoit que les héritiers doivent rapporter à la succession tout ce qu’ils ont reçu du défunt par donations. C’est au visa de cet article que deux sœurs réclamaient à leur frère le rapport, à la succession de leur père d’une parure en bijoux d’une valeur de 8 000 €. Pour sa défense, le frère faisait valoir que la transmission de ce bijou à l’ainé de la fratrie s’inscrivait dans une tradition familiale et nobiliaire que leur père avait voulu perpétuer, de sorte qu’elle devait être assimilée à un présent d’usage (non rapportable à la succession en tant que cadeau), et non à un don. Les juges sont sensibles à cet argument et donnent raison au frère, d’autant plus que le bijou en question se révélait être d’une faible valeur au regard de l’importance de la fortune du donateur.

Cette histoire (vraie), comme souvent en matière de droit des successions, ne serait sans doute pas arrivée si les parents avaient bien expliqué leurs projets à leurs enfants… Alors mon conseil : préparez, longtemps à l’avance, vos enfants sur le sujet de ce qu’ils hériteront  !

Cour d’appel d’Orléans, chambre civile, 29 juin 2020, affaire n° 18-02774

Successions : la volonté du défunt doit être respectée

Une mère décède, laissant pour lui succéder sa fille et ses deux fils. Elle avait auparavant établi un testament par lequel elle manifestait son souhait d’attribuer à sa fille son studio, à la condition toutefois qu’elle ne crée aucune difficulté à ses deux frères dans la succession. Mais tel ne fut pas le cas. Pour pouvoir malgré tout obtenir le studio, l’intéressée fit alors valoir la règle selon laquelle tout héritier peut solliciter l’attribution préférentielle du bien dépendant de la succession dans lequel il vit (article 831-2 du Code civil). En vain. L’attribution préférentielle visée par cet article n’est pas de droit, rappelle la Cour de cassation. C’est donc à bon droit que les juges du fond ont respecté la volonté de la défunte qui subordonnait l’attribution préférentielle du bien à l’absence de différents entre les héritiers.

Voilà une clause à insérer ou à faire insérer dans les testaments, et qui va dans le sens de la paix des familles. Car grâce à cette décision, vous envoyez un message fort à vos enfants : « mes chéris, ne vous disputez pas sur mes biens après ma mort, j’ai fait les choix que j’ai fait en vous connaissant, en sachant celui ou celle qu’il faut un peu plus aider, comme quand j’étais là. Respectez mes choix, sinon vous y perdrez des droits… »

Cour de cassation, 1ère chambre civile, 13 février 2019, pourvoi n° 18-14580

 

Le curateur familial peut recevoir un legs

 

Un homme, sous curatelle, lègue à sa nièce (sa curatrice), ainsi qu’à l’époux de celle-ci, une partie de ses biens par testament. A l’ouverture de sa succession, son fils conteste cette dévolution successorale. A l’appui de sa démarche, il invoque l’incapacité à recevoir (article 909 du Code civil) qui interdit à certaines personnes de bénéficier de dispositions testamentaires. En vain. Saisie du litige, la Cour de cassation rappelle que cette incapacité de recevoir à titre gratuit ne concerne que les mandataires judiciaires à la protection des majeurs et les personnes morales dont ils dépendent, et non les membres de la famille du défunt lorsqu’ils exercent la fonction de curateur.

Cour de cassation, 1ère chambre civile, 17 octobre 20118, pourvoi n° 16-24331